Un des aspects essentiels de la Renaissance en tant que période est le renouvellement des thèmes et de l'art en Europe après le Moyen Âge. Donner des bornes chronologiques précises pour ce mouvement artistique est difficile. Il est couramment admis que la Renaissance artistique commence en Italie au XVe siècle puis se diffuse dans le reste du continent, à des rythmes et des degrés différents selon la géographie. Elle se prolonge au XVIe siècle et atteint alors dans de nombreux pays son apogée. La Renaissance ne constitue pas un retour en arrière : les techniques nouvelles, le nouveau contexte politique, social et scientifique permettent aux artistes d'innover. Pour la première fois, l'art pénètre dans la sphère du privé : les œuvres ne sont plus seulement commandées par le pouvoir religieux ou séculier, mais entre dans les maisons bourgeoises. L'objectif de cet article est de rester général et de présenter les principales caractéristiques de la Renaissance artistique européenne.
Giorgio Vasari fut l'un des premiers à utiliser le terme "Renaissance" au XVIe siècle. Les contemporains de cette période étaient conscients d'un changement profond dans le domaine artistique. Beaucoup d'humanistes ont critiqué le Moyen Âge : déjà au XIVe siècle, Pétrarque et Boccace parlaient de temps obscurs pour désigner les temps qui suivirent la disparition de l'Empire romain. Raphaël a adressé une lettre au pape Léon X dans laquelle il évoque les temps barbares du Moyen Âge. Au XIXe siècle, les intellectuels ont grandement contribué au succès du mot "Renaissance" : Burkhardt et Michelet évoquent la « civilisation de la Renaissance ». Au XXe siècle, les historiens ont réévalué l'art médiéval et reconnu deux autres renaissances : la Renaissance carolingienne (VIIIe / IXe siècle) et la Renaissance du XIIe siècle. Un examen attentif des œuvres du Moyen Âge montre que le leg antique n'a jamais totalement disparu. Les spécialistes débattent par ailleurs du début de la Renaissance artistique et certains n'hésitent pas à la faire remonter au XIIIe siècle avec Giotto.
Alors qu'au Moyen Âge la création artistique était essentiellement tournée vers la religion chrétienne, la Renaissance artistique utilise les thèmes humanistes et de la mythologie antique. Le renouvellement de la réflexion philosophique fournit aux artistes de nouvelles idées : avec le néoplatonisme, l'Homme est au centre de l'univers. Les peintres et les sculpteurs n'hésitent plus à représenter la beauté des corps humains dénudés. L'étude des textes antiques, le renouveau de la philologie avec Lorenzo Valla, permettent aux architectes de s'affranchir du style gothique. Ils utilisent les enseignements de Pythagore et de Vitruve pour élaborer leurs plans. La pensée se libère progressivement des contraintes religieuses et se tourne vers les aspirations au bonheur, à la paix et au progrès. Les écrivains et les philosophes s'intéressent désormais à tous les domaines de la connaissance. Ils recopient et traduisent des manuscrits et recherchent des textes nouveaux. Ces idées renouvelées se diffusent sur le continent européen grâce à l'imprimerie et aux voyages des humanistes. Les premières bibliothèques sont créées telles que la Bibliothèque apostolique vaticane (vers 1450).
Grâce à l'arrivée des compilations et des artistes byzantins, chassés par l'invasion ottomane, Végèce, Pythagore, Euclide sont de nouveau disponibles dans leurs manuscrits grecs originaux. L'imprimerie utilise les caractères romains. Dans les arts plastiques, le nu (Illustration 14) est davantage utilisé qu'au Moyen Âge et le mouvement est rendu de façon réaliste par le hanchement (Illustrations 1 et 17).
Les artistes de la Renaissance relisent les mythes de l'Antiquité païenne (Illustrations 1,2 et 7) qui leur donnent de nouveaux sujets de production. Les découvertes archéologiques (groupe du Laocoon), comme les fouilles des thermes de Caracalla par les Farnèse, inspirent les sculpteurs et les architectes des XVe et XVIe siècles. La villa de l'empereur Hadrien ou encore le Panthéon de Rome offrent des modèles de construction radicalement différents du style gothique. Les formes de l'Antiquité reviennent à la mode : colonnes, pilastres, frontons, coupoles, statues décorent les édifices de cette époque. L'Ancien Testament (Illustration 17) et le christianisme catholique inspirent toujours les oeuvres d'art.
L'avancée des sciences profite aux arts : tout au long du XVe siècle siècle, les peintres maîtrisent de mieux en mieux la perspective linéaire et les proportions. Au XIVe siècle , l'apparition de la peinture à l'huile donne plus de profondeur aux œuvres. L'emploi de toiles remplace peu à peu le support en bois. Léonard de Vinci réalise la Joconde (Illustration 13) avec des effets de sfumato. L'invention de l'imprimerie au milieu du XVe siècle siècle ainsi que les nouvelles techniques de gravure (xylographie, Illustration 3) autorisent la reproduction et la diffusion d'œuvres sur tout le continent. Les estampes se multiplient dans les livres et remplacent les précieuses enluminures des manuscrits médiévaux.
Les scientifiques et les médecins améliorent la connaissance de l'anatomie grâce aux dissections : le savoir est ensuite appliqué en dessin, en peinture et en sculpture, comme en témoignent le célèbre Homme de Vitruve (Illustration 4) de Léonard de Vinci ou les gravures de Dürer (Illustration 3). Il est alors possible de définir un système de proportions idéales et de représenter fidèlement un corps humain. Les tableaux et les fresques sont plus réalistes qu'au Moyen Âge.
Après le déclin démographique du XIVe siècle et de la première moitié du XVe siècle, la population européenne commence à retrouver son niveau d'avant la crise. Même si des épidémies sont récurrentes en Europe jusqu'au XVIIIe siècle), la grande peste noire s'est éloignée. Les famines sont plus espacées. Les fortes densités que l'on rencontre au XVIe siècle dans les Flandres et l'Italie du Nord sont favorables à une intensification du travail. La guerre de Cent Ans s'achève en 1453 et les châteaux forts vont laisser progressivement la place à des palais d'agrément. Entre 1500 et 1580, le climat semble plus doux avant de se refroidir à nouveau au cours du petit âge glaciaire. Avec la découverte de l'Amérique en 1492, l'or et l'argent affluent en Europe et favorisent la reprise économique. Les grands voyages et le commerce maritimes permettent l'essor des grandes villes et leur embellissement.
Les cours princières sont les lieux privilégiés de l'épanouissement de la culture renaissante. Dans le domaine artistique, de nombreux mécènes ont constitué d'importantes collections. Ils appartiennent tous à l'aristocratie du pouvoir (princes, ducs, rois, pape) et de l'économie (grands marchands qui investissent leur argent dans la production artistique).
Les historiens sont d'accord pour dire que la Renaissance artistique est née en Italie et s'est diffusée dans le reste du continent essentiellement au XVIe siècle. Les conditions de cette Renaissance étaient spécifiques : la péninsule était divisée en plusieurs principautés concurrentes qui voulaient chacune briller davantage que les autres, ce qui encouragea la création et l'émulation artistique. Ensuite, l'Italie concentrait l'essentiel du patrimoine romain antique, surtout depuis que la Grèce était sous domination ottomane. Enfin l'Italie est urbanisée et enrichie par le commerce depuis longtemps. Elle agit comme un aimant pour les artistes, les marchands et les religieux (Rome) européens. La diaspora italienne est importante dans les grandes villes occidentales depuis le Moyen Âge.
L'art italien ne fut pas la seule référence pendant la Renaissance : les foyers bourguignon et flamand furent également influents. Les peintres et les tapissiers flamands ont marqué de leur empreinte les cours européennes du XVIe siècle.
Au XVe siècle siècle, les traités d'architecture se multiplient grâce à l'imprimerie. Ils s'inspirent de l'ouvrage de Vitruve, De architectura. C'est dans la Florence de cette époque que se lit la rupture avec les traditions médiévales. Les principaux noms de l'architecture sont alors Leone Battista Alberti, Donato d'Angelo Bramante, Filippo Brunelleschi, Léonard de Vinci et Andrea Palladio. L'architecte sort de l'anonymat (on connaît peu les noms des architectes du Moyen Âge) et bénéficie d'une promotion sociale sans précédent.
L'architecture gothique privilégiait la verticalité et la prouesse technique. L'architecture renaissante préfère les lignes horizontales et recherche l'harmonie des volumes. Les ordres antiques réapparaissent sur les chapiteaux des colonnes. Des éléments de décoration empruntés à l'Antiquité fleurissent sur les façades : bas-reliefs, pilastres, trophées, vases, guirlandes, ... La nouveauté architecturale la plus remarquable est le plan centré à coupole, inspiré notamment du Panthéon de Rome. Les exemples sont nombreux en Italie (Saint-Pierre de Rome), moins fréquents dans le reste de l'Europe (chapelle du château d'Anet). Il faut attendre le XVIIe siècle pour voir se développer les dômes. Le plan basilical fait aussi son retour et l'importance du transept se réduit.
Les progrès de l'artillerie rendent inefficaces les défenses du château fort médiéval. François Ier fait raser le donjon du Louvre. Aussi, la résidence seigneuriale change radicalement d'aspect au cours du XVe siècle : les murs sont percés de fenêtres, le décor envahit les façades et les galeries à arcades se multiplient à Blois, Chenonceau, ... La villa d'Hadrien à Tivoli donne le goût des résidences rurales en Italie, palais de plaisance et lieu de raffinement. Des pièces aux nouvelles fonctions apparaissent, comme le cabinet, qui sert à l'étude et à l'écriture. Les bibliothèques privées s'enrichissent des livres imprimés (incunables) mais aussi d'œuvres d'art.
La peinture connaît un grand nombre d'innovations techniques pendant la Renaissance :
Le nu est peint pour lui-même, il devient sujet à part entière et expression esthétique. Les paysages prennent également de l'importance et sont réalisés pour leur valeur intrinsèque, surtout par les peintres des Flandres qui inaugurent une longue tradition. Au XVIe siècle, les princes commencent à se constituer de véritables collections de tableaux. Les allégories (Botticelli ; Illustrations 3 et 6) et les sujets mythologiques permettent à l'iconographie profane de se développer. Le nu féminin est à la fois érotique et l'expression d'un idéal de beauté. Le portrait existait déjà au Moyen Âge, de profil ; il se diffuse dans les milieux bourgeois de la Renaissance (Illustrations 8, 13 et 15). Le plus célèbre est la Joconde de Léonard de Vinci (Illustration 13). Les portraits viennent agrémenter les galeries de palais et des châteaux de plaisance. Ils prennent de l'importance en taille et immortalisent les rois à cheval. Cependant, l'art de la Renaissance continue aussi, comme au Moyen Âge, de représenter des thèmes catholiques. Jésus et sa mère, Marie, apparaissent dans les œuvres de Léonard de Vinci ou de Raphaël. Dans le domaine de la sculpture, les pietas sont des sujets privilégiés.
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